Le Pire moment de ma Vie…

Nous avons tous eu le pire moment de notre vie.. un accident, un décès de personne aimée.. La perte d’un enfant….

Pour ma part, ce fut le départ vers les étoiles, de Clémence, mon bébé dont voici la lettre que je lui ai adressée, 8 ans après..

Clémence, mon ange !

Les larmes inondaient mes joues, s’échappant bien malgré moi de mes yeux brûlants. Je contemplais mon bébé, ma toute petite fille venant tout juste de naître. Des violents sanglots étreignaient ma poitrine, rendant ma respiration difficile. Encore en salle d’accouchement, seule avec mon bébé, je me retenais de hurler mon désespoir.

Avant de sortir, la sage-femme m’avait demandé où était le père de cette « petite chérie »… je n’avais pu répondre, assaillie par une souffrance incommensurable. Impossible de parler, de pleurer, de bouger. Ce n’est qu’une fois seule que je me laissais envahir par la peine. Mais pourquoi ? qu’avais-je fait pour mériter cela ?  Les pensées n’atteignaient plus mon esprit pétri de douleur. Je refusais l’inéluctable.

Au bout de quelques longues minutes, épuisée par l’accouchement, l’anesthésie, et  mes pleurs, je me calmais.  Alors, avec une infinie tendresse, je caressais du bout de mon index, le petit visage paisible de mon bébé. Je ne devais pas la réveiller! Je passais ma main le long de son corps, sans la toucher, juste pour la sentir, pour lui transmettre mon amour. Doucement, je lui parlais :

– c’est si dur mon bébé, ma petite Clémence, mon ange…

Je repensais à l’annonce de ma grossesse au papa pour qui c’était le premier enfant… Moments de joie des premiers mois, qui cédèrent la place à l’amertume, la colère, lorsque je découvrais qu’il avait une liaison…

Mon ventre se serra, tellement vide maintenant, mais douloureux du souvenir de ces mois d’incompréhension mutuelle… ces disputes, ces terribles moments pendant lesquels je me prenais à regretter d’être enceinte. Après une dispute plus violente qu’une autre, j’avais posé mes mains sur mon ventre déjà gros « ta place n’est pas dans ce monde si cruel, mon petit ange ».

Je ne quittais pas mon bébé des yeux, maintenant, là, palpable sous mes mains et le souvenir de  mes paroles de « rejet » engendra une douleur d’une violence terrible. Ce n’était plus dans mon ventre, mais dans ma tête. Je ne pouvais hurler, aussi, je sentis mon crâne exploser intérieurement. J’allais mourir et c’était bien ainsi… Mes pleurs reprirent de plus belle. Puis les sanglots me laissèrent épuisée, sans force dans mon lit de cette maternité appelée « l’espérance »…

Espérance… Espérer quoi maintenant ? il était où le père de mon bébé, là, tandis que je pleurais sans fin ? le gynéco revint m’apprit qu’il était dans la chambre, qu’il attendait… Mais il attendait quoi ?

Je ne voulais plus le voir… je souffrais trop, je voulais rester seule avec Clémence.. Tout était de sa faute !

Non, je ne voulais pas monter dans ma chambre..

Non, je ne voulais pas que le médecin emmène mon bébé.

NON, hurlais-je en tendant les mains vers mon enfant qu’on emmenait.

Une fois calmée par un anxiolytique, on me ramena à ma chambre. Le père de ma fille était là, regardant dehors, impuissant à me consoler, n’osant me regarder.

Je repensais à ces derniers jours si difficiles..

la dernière échographie avant le « grand jour », celle du 23 décembre.. j’étais enceinte de presque 8 mois. Les illuminations, le sapin préparé pour mes 2 grands fils, tout était prêt pour Noël.  Mon frère était venu passer les fêtes avec nous et il nous accompagna pour l’écho. Le futur papa était ravi, la tension s’était apaisée devant le bonheur de voir dans le petit écran, notre petite fille.

L’échographie dura longtemps… trop longtemps.. je sentais qu’il y avait un soucis… les mamans sentent-elles toutes cela ? mais l’échographiste nous rassura : « j’ai un petit doute, je veux en parler avec mon collègue, il sera là lundi ! Ne vous inquiétez pas, passez un bon Noël ! »

Là, sur mon lit de maternité, j’entendais pleurer des nouveau-nés… j’essayais de reconnaître Clémence, je n’avais pourtant pas entendu ses cris. Un anesthésiste m’avait endormi pendant 3 minutes… pendant les minutes de l’expulsion. Je me souvenais et me souviendrai toujours du passage de mes fils, entre mes os du bassin, mais de Clémence, on m’avait enlevé ce souvenir.. D’en prendre conscience, je me laissais à nouveau plonger dans la douleur. Cette douleur du vide, du manque, qui lentement m’emplissait, prenant en moi, la place de mon bébé.

Comment voulez vous passer un bon Noël avec une telle remarque … même s’il ne voulait pas nous alarmer, son « petit doute » prit des proportions terribles dans mon esprit. Alors, j’ai peins, une aquarelle « les pensées pour Clémence », tandis qu’elle bougeait en moi . Je ne sortais de ma bulle, de ma peinture, que pour rencontrer divers professeurs de Toulon et Marseille..  Ils étaient tous d’accord : « le bébé souffre, on doit provoquer l’accouchement ! »

Une aide-soignante m’apporta un repas.

– Oh, mais il ne faut pas pleurer ainsi, c’est le contre coup, le baby blues, cela va passer !

j’arrivais à lui formuler entre deux sanglots, que je voulais mon bébé.

– ne vous inquiétez pas, je vais aller vous le chercher !

Je n’ai jamais su l’accueil que cette personne, bien gentille au demeurant, avait eu à la nurserie en venant réclamer le bébé de la chambre 321…Bébé qui n’y était évidemment pas.  Je n’y pense d’ailleurs aujourd’hui, en écrivant ces mots, en formulant mes maux… c’était il y a 8 ans maintenant… et pourtant, le souvenir est tenace… terriblement profond… je sais que je vivrais indéfiniment avec cette douleur.

Quelques jours après sa naissance, je téléphonais à l’hôpital,

– s’il vous plait, ne faite pas mal à ma petite fille !

En pleurs, je demandais au médecin qui allait autopsier mon bébé, de ne pas la faire souffrir.

Ils voulaient et ont eu confirmation du diagnostic: hydrocéphalie et insuffisance cardiaque.

Le cœur de mon bébé s’était arrêté juste avant sa naissance. Clémence est décédée avant de naître…le 2 janvier 2001

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *